De qui parle-t-on exactement
Trois profils, souvent confondus, appellent des réponses différentes.
- Les voyageurs peu familiers du numérique. Ils savent utiliser un téléphone, mais un QR code, une application ou un compte à créer les arrêtent net.
- Les voyageurs en situation de handicap. Malvoyance, malentendance, mobilité réduite, troubles cognitifs : chacun implique des ajustements précis.
- Les voyageurs temporairement empêchés. Batterie vide, forfait épuisé, absence de réseau, téléphone tombé dans la piscine. C'est la situation la plus fréquente des trois, et la plus oubliée.

Règle numéro un : aucune barrière à l'entrée
Le facteur d'échec principal n'est pas l'âge, c'est le nombre d'étapes avant l'information. Une application à télécharger, un compte à créer, un mot de passe à choisir : chacune de ces étapes fait perdre une partie des utilisateurs, et davantage encore chez les publics concernés.
Un lien qui s'ouvre directement dans le navigateur, sans installation ni identifiant, résout l'essentiel du problème. C'est une décision de conception, pas une option.
Toujours doubler le QR code
Le QR code est pratique mais il n'est pas universel : il suppose de savoir ouvrir l'appareil photo, de comprendre qu'un lien s'affiche, et de le toucher. Trois gestes qui ne vont pas de soi.
Prévoyez systématiquement deux alternatives : une adresse courte à taper, écrite en gros sous le QR code, et un envoi du lien par message avant l'arrivée. Le voyageur choisit ce qui lui convient.
Les réglages de lisibilité qui comptent
Ils sont peu nombreux et leur effet est immédiat :
- Un texte d'au moins 16 pixels, et qui grossit quand le voyageur augmente la taille de police de son téléphone. Beaucoup de livrets bloquent ce réglage : c'est une erreur.
- Un contraste réel. Le gris clair sur fond blanc est à la mode et illisible en extérieur ou par un œil vieillissant.
- Des zones tactiles généreuses. Un bouton de moins de 44 pixels de côté est difficile à atteindre avec un doigt tremblant ou ganté.
- Pas d'information portée par la couleur seule. « Le bouton vert » n'a aucun sens pour une personne daltonienne : décrivez la position.
- Des photos légendées. Une photo du tableau électrique sans légende n'aide pas un lecteur d'écran, ni un voyageur pressé.

Écrire simplement
La simplicité de langue est une mesure d'accessibilité à part entière, et elle profite aussi aux voyageurs étrangers et aux traductions automatiques.
- Des phrases courtes, une idée par phrase.
- Le mot courant plutôt que le terme technique : « le compteur électrique » plutôt que « le tableau de répartition ».
- L'action avant l'explication : « Appuyez sur le bouton rouge à droite du four » puis, si nécessaire, pourquoi.
- Les chiffres en chiffres : « 4 min à pied » se lit mieux que « quatre minutes de marche ».
Anticiper l'absence de réseau
En zone rurale ou en montagne, la couverture mobile est parfois inexistante à l'endroit précis où le voyageur en aurait besoin : devant le portail, par exemple. Deux précautions simples : envoyer les informations d'arrivée par message avant le départ du voyageur, afin qu'elles restent accessibles hors connexion, et afficher le Wi-Fi sur un support physique dans le logement, puisqu'il est par définition impossible de consulter le Wi-Fi en ligne avant de s'y connecter.
Tester avec de vraies personnes
Le meilleur test ne coûte rien : demandez à un proche de plus de soixante-dix ans de trouver trois informations dans votre livret, sans l'aider et sans commenter. Les points de blocage apparaissent en quelques minutes, et ils sont rarement ceux que l'on avait anticipés.
Répétez l'exercice après chaque refonte. Un livret accessible n'est pas un livret conforme à une norme, c'est un livret dans lequel une personne réelle trouve ce qu'elle cherche.